
Dans Succession de Bellemare, la Cour supérieure du Québec examine l’authentification d’un document testamentaire et souligne l’application rigoureuse des normes juridiques encadrant la validité des testaments. La question centrale était de savoir si un testament signé en 2019, rédigé par une amie de la défunte et attesté uniquement par cette même amie, pouvait être validé comme testament devant témoins, malgré le non-respect des exigences formelles prévues au Code civil du Québec.
La Cour a d’abord rappelé que le droit québécois reconnaît uniquement trois formes de testament : le testament notarié, le testament olographe et le testament devant témoins, comme prévu à l’article 712 du Code civil du Québec. Chacune de ces formes est soumise à des formalités qui doivent être respectées conformément à l’article 713, à défaut de quoi le testament est nul. Ces formalités visent à protéger le testateur et à garantir que le document reflète véritablement ses dernières volontés.
La Cour a ensuite examiné les exigences spécifiques applicables au testament devant témoins, énoncées aux articles 727 à 730.1. L’article 727 exige que le testateur déclare, en présence de deux témoins, que le document constitue son testament, et que ces deux témoins le signent en sa présence. L’article 728 impose que chaque page soit signée ou paraphée lorsque le testament est rédigé par un tiers ou par des moyens mécaniques. L’article 729 prévoit des garanties supplémentaires lorsque le testateur est incapable de lire, notamment que l’un des témoins lise le testament à haute voix en présence de l’autre, afin que le testateur puisse en confirmer le contenu avant de le signer.
La Cour a reconnu que l’article 714 prévoit une exception à la règle stricte de nullité, permettant qu’un testament olographe ou devant témoins soit valide s’il respecte les formalités essentielles et contient les dernières volontés certaines et non équivoques du défunt. La jurisprudence, notamment Leduc c. Succession d’Amos et Gariépy (Succession de) c. Beauchemin, confirme que cette exception requiert une analyse contextuelle, in concreto, visant à déterminer si les objectifs fondamentaux des formalités ont été atteints.
En appliquant ces principes, la Cour a conclu que l’absence d’un second témoin signifiait que les formalités essentielles de l’article 727 n’avaient pas été respectées. L’usage du pluriel « témoins » dans le texte de loi confirme que deux témoins sont requis. Cette exigence est renforcée par les dispositions connexes visant les situations où le testateur ne peut lire, parler ou écrire, lesquelles présupposent toutes la présence de deux témoins. La Cour a insisté sur le fait que le rôle des témoins n’est pas simplement symbolique, mais vise à attester de l’authenticité du testament et à s’assurer que le testateur en comprend le contenu.
La Cour a également pris en compte la preuve médicale démontrant que la testatrice souffrait d’aphasie progressive et était incapable de lire au moment de la rédaction du testament en 2019. Cette situation relevait de l’article 729, qui exige qu’un témoin lise le testament en présence d’un autre. Comme un seul témoin était présent, cette garantie n’a pas été respectée. La Cour a conclu que l’absence d’un second témoin était fatale à la validité du testament, car elle privait la testatrice de la protection prévue par la loi.
Enfin, la Cour a examiné si le document contenait les dernières volontés certaines et non équivoques de la défunte, comme l’exige l’article 714. Compte tenu de la preuve médicale relative aux troubles sévères du langage, de l’incapacité de lire et de l’absence d’un second témoin pour confirmer la lecture, la Cour a jugé que le testament ne satisfaisait pas à cette exigence. Des doutes supplémentaires découlaient du fait que la testatrice n’avait ni signé ni paraphé une clause ajoutée visant à révoquer les testaments antérieurs, ainsi que de la présence de notes manuscrites laissant entrevoir des modifications possibles à un testament notarié antérieur. La Cour a donc rejeté la demande de vérification du testament de 2019.
Ce jugement souligne l’importance du respect strict des formalités encadrant les testaments en droit civil québécois. Pour les clients, il met en lumière que les documents testamentaires informels, même s’ils semblent refléter leurs volontés, peuvent être invalides s’ils ne respectent pas les garanties essentielles du Code civil. Pour les praticiens, il rappelle la nécessité d’informer les clients des risques liés au non-respect des formalités et de veiller à ce que les actes testamentaires soient exécutés conformément aux exigences légales, particulièrement lorsque le testateur présente des troubles cognitifs ou langagiers. La décision confirme que les tribunaux privilégieront la protection des testateurs vulnérables et la certitude de leurs dernières volontés plutôt que de valider des documents défectueux.
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